Le Théâtre du Rideau Vert boucle sa saison en grand avec son adaptation du film français Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?

Dans cette pièce, on retrouve la famille Bouchard. Les parents, Alain et Marie, campés par Rémy Girard et Micheline Bernard, sont à la tête de cette famille québécoise particulière. Trois de leurs quatre filles sont mariées à un arabe, un juif et un chinois.

On a affaire ici à un Alain Bouchard rigide, multipliant les préjugés et alimentant les stéréotypes sur les autres nationalités et religions, alors qu’il s’autoproclame inclusif et ouvert.  De son côté, Marie fait d’innombrables efforts maladroits pour tenter d’afficher une ouverture que l’on sent forcée.

« Moi, je ne suis pas raciste, mais… »

Les réunions familiales sont le théâtre de moments propices aux échanges sur terrain glissant. On touche constamment aux cordes sensibles et  la ligne est souvent mince entre la blague et la critique.

Les esprits s’échauffent amenant au passage quelques irritants, malaises et moments loufoques. Toujours sur un fond humoristique, on reste dans le thème de l’intolérance. En fait, on se moque de celle-ci, de notre tendance au « moi, je ne suis pas raciste, mais… ».

Une gymnastique impeccable

Mise en scène par la toujours dynamique et intemporelle Denise Filiatrault, on nous sert un Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu à la saveur Michel Tremblay. On parle le joual et on n’a pas peur d’abuser des jurons. L’ensemble nous donne l’impression de regarder une excellente comédie de situation, rires en boîtes en moins.

Notons que la pièce imposante est portée par 12 acteurs qui ont un jeu tout en mouvement. C’est une gymnastique impeccable qu’on nous présente sur la scène du Rideau Vert.

La distribution est grandement impressionnante et il y a une chimie palpable entre les nombreux interprètes. Dans leur rigueur, on sent leur plaisir à jouer et leur aisance à habiter la scène. Leur interprétation est tout à fait remarquable, jamais trop jouée, jamais pas assez.

C’est un Rémy Girard très en forme et armé d’une solide répartie qui porte une grande part de la charge humoristique de la pièce.

Mention spéciale à Wildemir Normil, dans son rôle de Joseph Tutu, qui livre une performance très juste et hilarante.

Une adaptation réussie

Il est important de saluer la remarquable adaptation signée Emmanuel Reichenbach. Non seulement il a transposé le scénario du film pour le théâtre, mais il a également dû adapter de nombreuses références culturelles à la réalité québécoise.

À plusieurs moments dans la pièce, on parle d’acteurs, de chanteurs, de quartiers et de régions. Si ceux bien familiers à la France ont été nommés dans le film, il s’agissait de trouver certaines équivalences de ce côté-ci de l’océan.  À ce niveau, on peut dire que le travail est parfaitement réussi.

Fidèle à l’œuvre originale

Les amateurs de l’œuvre cinématographique ne seront aucunement déçus de la pièce qui se montre très fidèle dans son adaptation et qui a su préserver les moments clés du film dans sa mise en scène.

Beaucoup de répliques humoristiques ont été ajoutées au texte ce qui donne encore plus de mordant aux divers échanges.

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? est un excellent divertissement humoristique qui nous amène également à nous  questionner  sur notre propre rapport à l’autre et à la différence.

C’est d’abord et avant tout une critique sociale qui est importante et qui a grandement sa place dans notre société bouleversée par une montée fulgurante du nationalisme.

En tournée

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?, une production de Chez Encore, tiendra l’affiche jusqu’au 10 juin 2017 au Théâtre du Rideau Vert.

La pièce partira ensuite en tournée dans plusieurs villes du Québec. Nous vous invitons à consulter le site web bondieu.ca pour connaître les villes, les dates et pour vous procurer des billets.

Crédit-photos: David Ospina