Connu pour Rouge Gueule et L’Enclos de l’éléphant, Étienne Lepage est de retour avec Toccate et fugue, un portrait sombre mais séduisant de la génération Y, dont la quête de sens prend parfois des tournants tragiques.

Caro (Karine Gonthier-Hyndman) a oublié son propre anniversaire. Tour à tour, ses amis viennent pour participer à un party qui ne lèvera pas.

Daniel (Maxime Denommée), DJ Hong Kong, débarque avec son équipement qui ne fonctionne qu’à moitié. Guillaume (Mickaël Gouin), l’ex toujours amoureux de Caro, propose des bouchées dont personne ne veut.

Élise (Sophie Cadieux) qui était en charge des invitations avoue n’avoir invité personne pour ne pas avoir à porter le blâme si personne ne se pointait.

Puis, Félix (Francis Ducharme) fait son entrée en se plaignant du manque d’ambiance et d’invités.

Tout ce beau monde se parle sans s’écouter et fêtent dans l’indifférence jusqu’à ce que l’arrivée d’une prostituée (Larissa Corriveau), que personne ne semble avoir appelée, vienne tout chambouler.

Aux dires du metteur en scène, Florent Siaud, cette fille «draine vers elle les pulsions les moins avouables de l’être humain».

Si chacun a d’abord des bonnes intentions en l’invitant à rester pour la protéger, elle finira par devenir un bouc-émissaire dont chacun voudra profiter. Daniel insistera même que d’avoir payé pour ses services lui donne le droit de lui faire n’importe quoi.

Toccate et fugue, une spirale de violence

La soirée va rapidement dégénérer dans une spirale de violence qui ne peut qu’avoir une fin tragique.

Cette spirale est d’ailleurs judicieusement représentée par une scène qui tourne sur elle-même.

Là ne s’arrête pas le génie de Siaud, qui a vu des parallèles entre la pièce de Lepage et le phénomène des jackass, ces cascadeurs téméraires qui risquent volontairement la mort pour se sentir vivants.

Ainsi, tout comme dans l’œuvre de Bach dont le spectacle tire son nom, le rythme de la pièce s’accélère soudainement, créant un sentiment d’anxiété pour illustrer le danger dans lequel les personnages sont en train de plonger.

La force des personnages réside dans le jeu irréprochable des six comédiens. Puisque les 5 amis ne s’écoutent pas, les dialogues partent dans tous les sens. On dirait plutôt 5 monologues qui s’enchevêtrent.

On devine la concentration qu’un tel procédé demande aux interprètes. Ces derniers étaient d’ailleurs très alertes et n’ont décroché à aucun moment.

Toccate et fugue, une création de la compagnie Les Songes Turbulents, est à l’affiche de la Salle Principale du Centre de Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 6 mai 2017.

Crédit-photos:  Nicolas Descoteaux